Israël-Iran : chronique d’un embrasement
L'attaque israélienne contre l'Iran est non seulement une guerre entre deux pays mais aussi un affrontement entre deux forces influentes dans une zone stratégique, à la fois en raison de ses ressources énergétiques et de ses voies maritimes indispensables à l'économie mondiale. Elle est aussi l'aboutissement de près d'un demi-siècle de tensions et de géopolitique complexe. L'inimitié entre Israël et la République islamique d'Iran remonte à la révolution islamique de 1979, menée par l'ayatollah Khomeini, qui avait renversé le shah d'Iran, Reza Pahlavi. Ce dernier avait été un allié de l'État d'Israël et des puissances occidentales dans la région. Un des gestes symboliques du nouveau gouvernement iranien avait consisté à offrir l'ambassade d'Israël, à Téhéran, à l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), dirigée à l'époque par Yasser Arafat. Le chef de l'Organisation de libération de la Palestine, Yasser Arafat, et l'ancien président iranien Hachemi Rafsandjani à Téhéran. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / AFP Dès les premiers jours, les Iraniens ont fait de la question palestinienne un axe central de leur politique étrangère. Dans le préambule de la Constitution iranienne est inscrite l’obligation d'aider les En 2008, le Parlement iranien a adopté une loi qui oblige le gouvernement à apporter toutes sortes d’aide aux Palestiniens. Au-delà de l'OLP, l’Iran a par la suite développé des relations avec les autres organisations palestiniennes comme le Hamas et le Djihad islamique. Contrairement à bon nombre de pays arabes, l'Iran ne reconnaît pas l'État d'Israël et juge illégitime son existence. De son côté, Israël accuse l’Iran de vouloir l’anéantir en utilisant l’arme nucléaire. Le premier ministre israélien actuel, Benyamin Nétanyahou, mène depuis la fin des années 1990 une campagne destinée à mettre fin au programme nucléaire iranien auprès des gouvernements occidentaux et des instances internationales. C’est à l’époque du shah Reza Pahlavi que l’Iran a entamé, dans les années 1950, son programme nucléaire avec la collaboration des États-Unis d’abord, puis avec celle de l’Allemagne. Après le renversement du shah d’Iran, en 1979, la République islamique a suspendu son programme et ne l’a repris qu’après la fin de la guerre entre l'Iran et l'Irak, en 1988. Le gouvernement iranien a toujours affirmé que son programme nucléaire est civil, mais les Occidentaux et Israël soupçonnent l’Iran de vouloir produire secrètement des armes nucléaires. Les soupçons occidentaux ont abouti à l'application de sanctions économiques contre l’Iran par le truchement de l’ONU. L'armée iranienne au moment de procéder à des tirs de missiles lors d'exercices militaires le 28 octobre 2023 à Ispahan. Photo : Reuters En 2005, le guide suprême de la République islamique d’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, a prononcé une fatwa, c'est-à-dire un décret religieux, qui interdit la production, le stockage et l’utilisation d’armes nucléaires, considérées illicites en vertu de la loi islamique. Ce décret précise que l’Iran ne va jamais acquérir d'armes de ce type. Ce n’est qu’en 2013, avec l’arrivée des réformateurs à la présidence de l'Iran, que des négociations ont été entamées entre les puissances occidentales, la Russie, la Chine et l’Iran. Deux ans plus tard, les parties ont signé un accord communément appelé JCPOA, qui encadre le programme nucléaire iranien par l’intermédiaire de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). L'AIEA a régulièrement mené des inspections dans les installations nucléaires iraniennes, constatant que l’Iran se conformait aux termes de l’accord. Toutefois, en 2018, le président Donald Trump s’est retiré unilatéralement de l’accord et a réinstauré des sanctions contre l’Iran, rendant l’entente caduque. En guise de riposte, les Iraniens ont progressivement commencé à se désengager de l’accord. L’Iran a dépassé le taux d’enrichissement de l’uranium de 3,67 % stipulé dans l’accord, atteignant les 60 %. Le nombre d'inspections de l’AIEA a également été réduit. Durant la présidence de Joe Biden, des discussions ont été entamées entre les deux parties, mais elles n’ont abouti à aucun résultat. Depuis avril dernier, des négociations indirectes ont commencé après l’envoi par Donald Trump d’une lettre à l’ayatollah Khamenei. Au bout de cinq séances, l’impasse est devenue évidente. La demande des Américains, semblable à celle des Israéliens, de mettre un terme définitif à l’enrichissement d’uranium a été vigoureusement rejetée par les Iraniens. La veille de la sixième séance de négociations à Oman entre Washington et Téhéran, Israël a attaqué la République islamique d’Iran, entamant, pour la première fois de l’histoire, une guerre ouverte entre ces deux pays. Israël et les pays occidentaux veulent également en finir avec le programme balistique iranien. Après la guerre Irak-Iran, que les Iraniens appellent Des combattants iraniens lors de la guerre Iran-Irak en 1986. Photo : Getty Images / AFP Le pays étant isolé, les autorités ont opté pour la production de leurs propres armes. Des rapports de services de renseignement occidentaux, notamment la CIA, affirment que l’Iran a bénéficié de l’aide de la Russie et de la Corée du Nord. À compter des années 2000, les Iraniens ont commencé à mettre au point une série de missiles de plusieurs catégories. Le pays s’est notamment doté de missiles balistiques à courte et à moyenne portée allant de 300 kilomètres à 1000 kilomètres. Il développe également des missiles pouvant atteindre des cibles situées à 2500 kilomètres. Les autorités iraniennes affirment aussi qu'elles ont conçu des missiles balistiques hypersoniques dont la vitesse atteindrait cinq fois celle du son. Dans cette guerre inédite entre deux pays qui ne sont pas frontaliers, les missiles iraniens sont un atout face à la puissance de l’aviation israélienne. En représailles à l’attaque israélienne qui a ciblé des installations nucléaires et tué plusieurs commandants, l’Iran a riposté en utilisant différents types de missiles qui ont atteint des villes comme Tel-Aviv et Haïfa, provoquant de lourds dégâts matériels. Un des cerveaux de ce programme était le général des Gardiens de la révolution Amirali Hadjizadeh, tué dans l’attaque israélienne du 13 juin dernier. Dès les années 1980, les Iraniens ont favorisé des groupes non étatiques au Moyen-Orient. Le premier d’entre eux a été le Hezbollah au Liban. Financé et armé par l’Iran, ce mouvement chiite est devenu au fil des années un acteur majeur dans la région. Des membres du Hezbollah libanais lors d'un exercice militaire. (Photo d'archives) Photo : Reuters / AZIZ TAHER Dans la bande de Gaza, le Hamas et le Djihad islamique sont publiquement soutenus par l’Iran, à la fois financièrement et militairement. Lors des funérailles du général Qassem Soleïmani, assassiné par un drone américain à Bagdad en 2020, Ismaïl Haniyeh, le chef du Hamas palestinien, avait déclaré que le général Soleïmani était En Irak, Hachd al-Chaabi (la mobilisation populaire), né d’une fatwa de l'ayatollah Sistani pour affronter le groupe armé État islamique en Irak, a été soutenu et armé par l’Iran. D’autres groupes irakiens moins importants, comme Kataeb Hezbollah ou Badr, font aussi partie de la sphère d’influence iranienne. Au Yémen, l’Iran a soutenu le mouvement Ansar Allah, communément appelé les Houthis, dans sa guerre contre la coalition menée par l’Arabie saoudite en soutien au gouvernement renversé par les Houthis. Ansar Allah contrôle la majeure partie du pays, dont la capitale Sanaa, tandis que le gouvernement renversé est cantonné à Aden, dans le sud du pays. Toutes ces organisations autour de l’Iran constituent ce qui est appelé Dans les négociations sur le dossier nucléaire iranien, Washington et les Européens voulaient inclure la question des missiles et le rôle de l’Iran dans la région, ce que Téhéran a rejeté.
opprimés
partout dans le monde.La longue histoire du programme nucléaire iranien

De la guerre d’Irak au missile hypersonique
la défense sacrée
, qui a duré près de huit ans, l’Iran a commencé à mener un programme de missiles.
Un réseau d’organisations non étatiques

le martyr d’Al-Qods ["Jérusalem" en arabe]
, soulignant l’engagement des Iraniens auprès des Palestiniens.l’axe de la résistance
, qui aspire à faire contrepoids à l’influence américaine et israélienne dans la région.
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